La chair qui va me manquer: le doigt dans l’oeil.

Je décide de me dessiner sans me regarder dans le miroir, mais seulement en me palpant le visage. Un autoportrait tactile sans miroir.

Je sens la mollesse et l’élasticité des chairs et la dureté de mon crane dans les parties saillantes. J’ai l’anatomie aux bouts des doigts. Je m’enfonce les doigts dans le nez (la souplesse des narines) et dans la bouches (la présence des gencives jusqu’au fond, l’humide, le râpeux de la langue). Les joues sont souples, les cheveux -sur le dessus- et la barbe sont doux, pelucheux. Les organes des sens me paraissent soudainement les plus vulnérables et fragiles.

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Plus le dessin avance, plus me vient à l’esprit l’image de la mort, alors que ce n’était vraiment pas mon idée initiale. Je visualise un tableau de Géricault, une étude de tête de décapité. Déjà le flétrissement des chairs sur l’os et la présence obsédante du crane, de MON crane.

gericault

Et puis je pense à ce dernier autoportrait de Picasso, les yeux écarquillés par la présence de la mort.

picasso

Moi, je les ai fermés, il ne faut pas non plus se mettre le doigt dans l’œil. Je n’ai pas peur de mourir, l’idée m’attriste: j’aimerais pouvoir dessiner encore.

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On a beau vouloir laisser son image, elle s’efface aussi. Et c’est tant mieux.

Titre: Autoportrait: la chair qui va me manquer

Dimensions Technique(s) Disponible Photo HD Prix
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32,5 x 25 cm Mine graphite Non 5 € mail

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